Édifiée sur un promontoire rocheux, la forteresse médiévale de Suze-la-Rousse est un spectaculaire ouvrage militaire protégé par des tours et un rempart. Elle est transformée au 16e puis au 18e siècle en une grande demeure. A l’austérité des défenses extérieures, qui dominent puissamment le village fortifié, s’opposent les façades Renaissance de la cour d’honneur, ainsi que la richesse intérieure des peintures, stucs et gypseries des salons.
Aux abords du château, classé Monument historique, s’étend la garenne, un vaste espace boisé où s’élèvent encore les murs d’un jeu de paume du 16e siècle, d’un pigeonnier et d’une chapelle.
Acquis par le Département de la Drôme en 1965, le château a fait l’objet d’un vaste projet articulé subtilement entre l’histoire du site et le patrimoine vitivinicole dans la Drôme. Un parcours muséographique a été inauguré au printemps 2013.
Jusqu’en 2025, le site abritait l’Université du vin, école de renommée internationale.
Loïc Juien
Jean Marie Gassend
Situé à l’extrémité orientale d’un éperon rocheux, le château primitif date du 12e siècle. Possession de la puissante famille des Baux, il est défendu par un fossé et comprend une tour maîtresse – le donjon – et une seconde tour. L’entrée, positionnée au 1er étage, est alors accessible par une échelle de bois mobile.
Occupée par un oppidum à la fin de l’Age du fer (2e-1er s. av. J.-C.), le site demeure au Moyen Âge un emplacement stratégique. Face au mont Ventoux et aux dentelles de Montmirail, il domine la plaine du Comtat Venaissin, terre papale dès 1229. Au 14e siècle, le château résiste aux assauts des troupes du pape Clément VII, en conflit avec le seigneur de Suze, Raymond V des Baux.

Originaires du pays d’Arles, les Baux se fixent au 10e siècle dans les Alpilles. Membres de l’aristocratie provençale, ils étendent rapidement leurs possessions dans la basse vallée du Rhône.
Au 12e siècle, l’un d’entre eux – Bertrand Ier des Baux – devient, par mariage, seigneur d’Orange et de Suze. Il obtient de son suzerain – l’empereur germanique – le titre de prince d’Orange dont ses descendants jouissent jusqu’à la fin du 14e siècle.
Aux 13e et 14e siècles, le château à tours est agrandi. Une enceinte militaire percée de deux portes d’entrée est ajoutée. Cet agrandissement contraint de remblayer l’ancien fossé et d’en réaliser un nouveau. Le château dispose d’une citerne creusée dans le rocher reliée à un puits qui facilite l’approvisionnement en eau.

Avec la guerre de Cent Ans, le château se transforme en forteresse et adapte sa défense aux progrès de l’artillerie. Trois angles de l’enceinte reçoivent de solides tours circulaires percées de canonnières tandis que, dans le quatrième angle, le donjon est renforcé.
Un escalier, construit dans une nouvelle tour, offre un accès direct au château depuis le village.
Issus de la noblesse dauphinoise, les La Baume deviennent en 1426 seigneurs de Suze par le mariage de Louis avec la fille de Marguerite des Baux, Antoinette.
Durant quatre siècles, ils œuvrent à transformer le château en forteresse puis en demeure de plaisance. Le dernier descendant mâle, Pierre-Louis, meurt en 1799.


L’agrandissement du bourg suit celui du château. Deux remparts (12e et 14e siècles) englobent successivement le vieux village et les nouveaux quartiers tandis qu’un mur d’arrêt protège le moulin du seigneur.
Au sortir de la guerre de Cent Ans, le seigneur soutient le développement du bourg en octroyant aux villageois une charte (1452). Ces derniers sont affranchis de la garde du château et bénéficient du droit de coupe, de pâture et de pêche.

Loïc JuienGuillaume de La Baume, qui « se distingua dans les guerres d’Italie »*, modernise la forteresse. Son fils François poursuit le chantier : il construit une cour encadrée de façades Renaissance et de nouveaux appartements. Cette demeure de plaisance est complétée par un parc qui abrite une salle de paume
Né en 1526, François de La Baume s’illustre durant les sanglantes guerres de religion. Membre du clan catholique, il est proche de François Lorraine, deuxième duc de Guise (1519-1563), qu’il reçoit en 1557.
Chef militaire essentiel pour le contrôle de la vallée du Rhône, il mène de nombreuses batailles dont le siège de Montélimar en 1587 où il perd la vie.
Blaise Adilon
François ClouetFrançois de La Baume est apprécié par les derniers Valois. Le 21 septembre 1564, il accueille Charles IX accompagné de sa mère Catherine de Médicis et du cortège royal, à l’occasion de son grand tour de France.
Au cours de sa carrière, il reçoit différentes charges et honneurs : gouverneur du Comtat Venaissin (1562), gouverneur de Provence et amiral de la flotte en Méditerranée (1578), lieutenant général du Dauphiné (1580) et chevalier des ordres du Saint-Esprit et de Saint Michel (1581)
Aux 17e et 18e siècles, les La Baume résident en ville et séjournent régulièrement à Suze. Le château, symbole de la puissance et de l’ancienneté du lignage, devient leur demeure de villégiature. Ils entreprennent d’importants aménagements : de larges baies s’ouvrent sur le paysage, tandis qu’un escalier d’honneur permet d’accéder aux appartements, décorés de stucs et de gypseries.
Genevieve Pizzecco
Robert de NanteuilLouis-François de La Baume (1604-1690) est le cadet de la famille, ce qui le prédestine à l’Eglise. A 17 ans, il est nommé évêque de Viviers. Dans la lignée de son grand-père, il défend l’orthodoxie catholique face au protestantisme.
Fidèle serviteur du roi, il préside en 1656 aux États du Languedoc et se fait mécène en finançant un cabinet de conversation au château de Suze-la-Rousse.
Au début de la Révolution, le jeune comte de Suze, Pierre-Louis de La Baume, est étudiant en Suisse. Déclaré émigré en 1792, ses biens sont saisis. Le château, endommagé, échappe néanmoins au démantèlement. Obtenant sa radiation de la liste des émigrés, Pierre-Louis recouvre ses biens en 1797.
À son décès, sa sœur Aldonce, épouse de Gabriel des Isnards, hérite du château. La dernière descendante de la famille, la marquise de Bryas, meurt en 1958.


La marquise de Bryas, née Germaine de Witte (1887-1958), appartient à la noblesse cultivée du 20e siècle. En 1912, elle épouse le baron Georges de Bryas qui meurt au combat lors de la Première Guerre mondiale.
Au décès de sa mère, Eliane des Isnards, en 1939, elle hérite du château et s’y installe définitivement avec son personnel. Elle y mène une vie sobre et lègue le château à la fondation des Orphelins apprentis d’Auteuil qui le vend en 1965 au Département de la Drôme.
Classé au titre des monuments historiques en 1964, le château devient, un an plus tard, la propriété du Département de la Drôme. Au fil des décennies, il bénéficie de plusieurs campagnes de restauration tels que les toitures, les façades, le dallage de la cour et les menuiseries extérieures.
Depuis 1978 il héberge l’Université du vin, un centre de formation internationalement reconnu. L’actuel parcours de visite présente l’histoire du lieu et le patrimoine vinicole du territoire. Lieu culturel vivant, le château est rythmé par des visites guidées, des animations familiales et des spectacles.
chadam communication Damien Chaillan